Maison natale de Louis Fréchette

Espace muséal

Commémoration du 100e anniversaire de la mort de Louis Fréchette

Cet événement sera marqué de spectacles de contes et de poésie ainsi que de musique. Un parchemin commémoratif sera dévoilé et un vin d'honneur sera servi, ainsi qu'un léger goûter.

Mot du président de la corporation

Louis-Marie Asselin
Louis-Marie Asselin
Louis Fréchette (1839-1908) était habité par la poésie, par le rêve, et curieux de l'humanité profonde des personnes qu'il rencontrait. La plus grande partie de son œuvre, notamment les contes puisés dans la culture populaire de l'époque, exprime l'identité québécoise, canadienne-française aurait-il plutôt dit, qui nous interpelle encore aujourd'hui. Tous ceux, fort nombreux, qui l'ont connu, témoignent qu'il était une personne de fort agréable compagnie, aimant la vie et d'une joie communicative. Ce caractère exceptionnel s'est formé ici-même à Lévis, en cette jolie maison patrimoniale qui nous rassemble, en ces lieux remarquables bourdonnant, au 19e siècle, de l'activité fluviale tout juste en face. Le 100e anniversaire de Fréchette nous invite à revivre cet esprit qui l'habitait, et que l'organisme la Maison natale de Louis Fréchette se donne comme mission de pérenniser. Forte de l'acquisition récente de ce lieu patrimonial, la Corporation entreprend avec enthousiasme la restauration de la maison et son aménagement destiné à rendre bien vivantes la vie et l'œuvre de Fréchette. La réalisation de ce projet permettra de développer notre offre culturelle centrée sur l'expression intime de l'art de raconter, sous toutes ses formes. Ainsi ce lieu deviendra ce qu'il doit être, un lieu identitaire incontournable pour notre communauté. Nous sommes convaincus de pouvoir compter sur l'appui du milieu lévisien et des différents paliers gouvernementaux. Une campagne de financement à cet effet est présentement en phase de préparation intense. Merci à tous pour votre participation!

Louis-Marie Asselin
Président de la Corporation


Mot du président de l’Association des Fréchette

Cette année 2008 est particulièrement fertile en occasions de commémorer car en plus du 400e anniversaire de Québec, les Fréchette sont conviés à commémorer le décès de Louis Fréchette, survenu le 31 mai 1908. Le 100e anniversaire de ce décès nous permet de revenir sur les multiples réalisations d’un des personnages les plus en vue du monde littéraire et politique du 19e siècle au Québec et au Canada. Louis Fréchette fut un géant de ce siècle, ainsi qu’un géant de Lévis et de tout le Canada français.

Les Fréchette ont fait coïncider cette année leur rassemblement bi-annuel avec cet anniversaire. L’année 2008 nous ramène à l'Ile d'Orléans pour un pèlerinage de retour aux sources, le lieu d’arrivée de l’ancêtre François Freschet, parti du Poitou au 17e siècle, plus précisément de Saint-Martin de l’Ile de Ré, en face de La Rochelle, arrivé en 1677 à Sainte-Famille de l’Ile d’Orléans et qui y a épousé Anne Lereau en 1680. François fut le principal ancêtre des Fréchette, l’ancêtre de Louis et de milliers d’autres Fréchette.

Dans le cadre de l’activité «L’arbre du souvenir», de la Fédération des familles-souches du Québec, organisée dans le cadre des Fêtes du 400e anniversaire de Québec, et en vue de souligner le 100e anniversaire du décès de Louis Fréchette, les Fréchette vont planter un arbre sur le terrain de la Maison natale de Louis Fréchette, en l’honneur de François Freschet, l’ancêtre de Louis et de milliers d’autres Fréchette. Cet arbre, qui fera souche, permettra de souligner la grande fierté qu’éprouvent les Fréchette à l’endroit de Louis Fréchette, l’un des descendants les plus célèbres de l’ancêtre François.

C’est avec fierté que l’association Les Descendants des Fréchette s’associe à la corporation La Maison Louis-Honoré-Fréchette de Lévis pour la commémoration du décès de Louis Fréchette, dont on souligne le 100e anniversaire.

Guy Fréchet, président
Les descendants des Fréchette inc.


Mot de la directrice artistique

Carole Legaré
Carole Legaré
Les vieux murs de la Maison natale de Louis Fréchette peuvent témoigner de la richesse et du dynamisme de la culture lévisienne. Depuis les huit dernières années, des centaines d’artistes ont visité, habité ce lieu inspirant: un enfant y a trouvé jadis le goût de la poésie, de la beauté, en même temps que le souffle à la source de ses futurs engagements.

Le cadre d’alors - une famille aimante, de pittoresques « cageux » arrivant au pied des falaises, de grands voiliers à l'ancre dans le fleuve... - tout cela a tôt fécondé le jeune esprit du petit Louis. Ouverture à la beauté et fascination devant l'immensité du monde.

Si le milieu social a bien changé depuis cent, cent cinquante ans, la fierté des gens d'ici continue à se nourrir d'une grande fidélité à tout ce patrimoine, à s'alimenter à la richesse d'une telle culture, à s'inspirer d'un fond de valeurs autant matérielles qu'intangibles...

...Et l'on continue aussi à goûter le cadre à la fois champêtre et urbain des lieux. De fait, et dans cette perspective, la maison natale du grand poète de Lévis est devenue aujourd'hui, et cela pour toutes les générations, un des points de ralliement où s'enracine la vie culturelle de notre communauté. Quoi de mieux, pour une maison, que d'être sentie comme un « chez nous » ?

Ainsi, les Concerts intimes, le Jazz des mercredis d’août, les expositions, le Concours de peinture Georges-L’Hoir, le Festival international du conte « Jos Violon » de Lévis et dernièrement Si Lévis m’était contée… révèlent autant l'authenticité que l'ouverture de la création artistique à Lévis.

Un souhait: que la mémoire souriante et « intime » de Louis Fréchette inspire, avec un égal bonheur, la qualité, les talents et l’intensité de nos célébrations, en cette année 2008!

Carole Legaré
Directrice artistique

Mort et vie de Louis Fréchette

Depuis près d'un an, Louis Fréchette, son épouse, Emma Beaudry, et leur fille cadette, Pauline, occupent en location un des appartements que les Soeurs de la Providence ont aménagés dans leur Institut des Sourdes-Muettes, rue Saint-Denis, à Montréal.

Ces derniers temps, divers malheurs semblent avoir raison de celui qui, tout au long d'une tumultueuse carrière de militant libéral et d'écrivain de combat, avait su, armé d'une force vitale peu commune faite d'ambition, de volonté, d'ardeur au travail, affronter victorieusement tant d'ennemis, certains le désignant sans vergogne à la vindicte publique.

La maladie : physique, d'abord, par des crises de rhumatisme de plus en plus violentes (ces semaines-là, il devait marcher avec des béquilles, parfois s'aliter) ; mentale, ensuite, par des attaques de neurasthénie (l'année précédente, il a dû trouver refuge, durant plusieurs mois, au sanatorium De Blois, maison de santé d'un médecin de Trois-Rivières). Des ennuis d'argent, provoqués sans doute par des baisses de revenus, par des dépenses inconsidérées, d'où la vente de la maison de la rue Sherbrooke. Plus grave encore : le mal à l'âme, depuis la mort absurde de son seul fils, Louis-Joseph.

Toujours est-il qu'en ce début de soirée du samedi 30 mai 1908, Fréchette, qui s'est dûment acquitté de son courrier ce jour-là comme à l'accoutumée (une lettre à un concitoyen, qui lui demandait de résoudre une difficulté de la langue française ; une lettre à un cousin, pour s'excuser de n'avoir pu assister aux funérailles de son épouse ; une lettre à un ami du temps de l'exil à Chicago, bref message que le destinataire lira comme un adieu), quitte son appartement pour rendre visite à l'ami le plus fidèle, Louis-Olivier David, qui habite à quelques rues de là.

Que de souvenirs communs à ces compagnons de tant de luttes littéraires, culturelles, politiques, que lie une amitié de plus de quarante ans ! Rien, toutefois, au cours de la conversation, ne distrait Fréchette de ses idées noires, du cruel sentiment d'inutilité qu'il éprouve et qui lui fait désirer la mort, hormis l'évocation affectueuse de chacun, de chacune de ses proches les plus chers, sauf peut-être aussi la tentative de diversion philosophique de David citant une théorie de Spinoza selon laquelle l'être humain serait un dieu en devenir, ce qui le déride un moment : « Mon cher ami », réplique-t-il, « avec l'idée que j'ai maintenant de l'homme en général et de moi en particulier, je suis moins disposé que jamais à avoir une pareille prétention. Nous avons trop de peine à être des hommes convenables pour que nous puissions songer à être des dieux ». Et comment « savoir souffrir », comme le lui recommande son ami, quand on n'est plus maître de ses pensées ?

L'ultime entretien terminé, Fréchette se dirige vers sa résidence d'occasion. Et c'est à peine une quinzaine de minutes plus tard qu'il tombe, « foudroyé par l'apoplexie à la porte du couvent des Sourdes-Muettes ». On ne sait trop combien de temps après la chute, dans la nuit, sous la pluie, qui s'est mise à tomber, on le trouvera, inanimé. Sans avoir repris conscience, il mourra le lendemain soir, dimanche 31 mai, en présence de sa femme, de ses filles : Jeanne, Louise et Pauline, et de ses gendres : Honoré Mercier fils et Henri Béique.

C'est en commémoration du centenaire de cet événement que nous sommes ici rassemblés pour célébrer l'écrivain et homme politique que Laurent-Olivier David présentait comme « une des figures les plus brillantes de cette génération de 1860-1868 qui a jeté tant d'étoiles au ciel de la patrie ».

Les motifs de notre reconnaissance à son endroit sont multiples : il a réalisé le premier véritable recueil de poésies de notre littérature, inauguré les lyrismes intimiste et militant ; le prestige que lui valut le premier prix jamais accordé à un Canadien par une institution culturelle étrangère (le prix Montyon, de l'Académie française), favorisa du même coup sa nation ; sans relâche il a lutté pour l'amélioration du système d'éducation de son temps, et notamment pour que se généralise dans toutes les classes sociales l'usage d'une langue française de qualité, qui soit immédiatement comprise et respectée par les francophones d'ailleurs ; il est l'un des tout premiers de nos écrivains, sinon le premier, dont on peut dire qu'ils ont produit une oeuvre, non pas seulement un livre, ou deux ou trois par-ci par-là, mais, quatre décennies durant, sans solution de continuité, une vaste collection d'écrits illustrant tous les genres littéraires et dont la signification d'un fragment ne peut se révéler qu'à la lumière des autres pièces de l'ensemble ; il est l'exemple parfait de l'écrivain public, non pas réfugié dans l'asile de sa tour d'ivoire, mais à l'aise sur toutes les tribunes, où se déployait son charisme ; comme représentant de son peuple, par ses séjours à l'étranger, par ses tournées de conférences, par son réseau de relations épistolaires, par la diffusion de ses écrits, il a étendu le champ de son influence et de sa réputation à la France, à la Nouvelle-Angleterre, au Canada anglais ; enfin, tout en travaillant à la promotion du statut social de l'écrivain, avec la même générosité a-t-il encouragé les efforts de ses jeunes confrères de l'École littéraire de Montréal, qui l'avaient choisi pour président d'honneur, et recueilli les fonds qui ont permis l'érection à Montréal, square Saint-Louis, d'un monument à la mémoire de Crémazie, premier « hommage public et permanent [de notre pays] à un homme de lettres, à un travailleur de la pensée » (ce sont là ses propres termes).

Pour toutes ces réalisations, et pour l'exemplaire contribution qu'elles apportent au démenti du jugement qui faisait, du peuple canadien-français, « un peuple sans histoire et sans littérature », il n'est que justice de garder vivant parmi nous le souvenir de Louis Fréchette, dont la carrière — si nous en croyons le poème qu'il dédia en 1901 à la mémoire de James Edgar — prit naissance vers 1856 (il avait 16 ans), à Lévis, auprès de la maison natale au bord du fleuve, dans des circonstances comparables à celles où elle prendra fin : même soutien d'un ami intime, même appréhension d'obstacles décisifs, même perception d'un seuil prochain donnant accès au salut.

Jacques Blais
ancien professeur au département des littératures de l'université Laval

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